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04/05/09 à 19:06:25
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- Nous allons passer par les montagnes.
- Par les montagnes ? Tu est fou ?
- Je sais ce que je fais. Ils nous suivent toujours.
Arkmar grogna. Ce jeune homme ne tenait décidément pas en place. Vouloir passer par les montagnes au sud de Karazhan ! Quelle folie ! Digne du mage-guerrier. Pourtant, depuis quelques jours, les saillies de Kealthei se faisaient moins nombreuses. Il devenait sérieux, et gardait en permanence sa capuche, cachant son visage dans l'ombre. Arkmar avait l'impression de voyager avec un fantôme grincheux et autoritaire. L'orc observa un moment son compagnon, puis détourna la tête pour observer les alentours. Un village depuis longtemps déserté par la vie. Les bâtisses moisies et grises de poussière s'alignaient le long de l'artère principale, qui finissait sa course au pied de la grand tour. Karazhan se perdait dans les nuages, pourtant peu nombreux, empêchant Arkmar d'apercevoir son sommet.
- Que sais tu de cet endroit ?
- Peu de choses, répondit-il, c'est l'Alliance qui s'en est occupée.
- Elle a déplacé ses hommes jusqu'ici ?
- Pas vraiment, hésita l'orc.
- explique moi.
- Depuis toujours, des personnes se sont senties l'âme d'explorateur, de vagabond ou de chevalier errant...
- Des chevaliers errants, des explorateurs et des vagabonds ont nettoyé la tour ?
- Laisse moi continuer !
- Excuse moi, bafouilla Kealthei, surpris par la réaction de son compagnon.
- Depuis environ cinq ou six ans, ces personnes qui voyagent seules,nous les appelons des aventuriers. Ceux-là vivent pour le pouvoir, la richesse, la guerre, un idéal qui les pousse à aller seuls. Ces dernières années, leur nombre s'est multiplié, ils seraient des milliers à arpenter le monde. Ils viennent en aide à leur faction ou d'autres partis, en échange de quoi nous leur donnons des récompenses, or ou objets. Parfois, il arrive qu'ils s'assemblent en guilde ou en groupe, pour coordonner leurs attaques ou mettre en avant un but, un métier, une fonction, une race. Plus de la moitié de nos problèmes sont résolus par des aventuriers. Des noms qui resteront obscurs ont participé de façon décisive à la victoire ou à la mort de puissantes entités. Ils le resteront peut être à jamais.
- En clair, vous y gagnez au change.
- Pas toujours. Certains trahissent, se font avoir par plus malins qu'eux... Ils sont source de conflits et les alimentent. Par exemple, le goulet des Chanteguerres.
- Chanteguerre, le clan orc ?
Arkmar acquiesça.
- Les Chanteguerres abattent la forêt d'Orneval. Les elfes abattent les Chanteguerres. Chaque faction recrute des aventuriers pour aller se massacrer à la frontière des champs d'abattage.
- Personne ne dit rien ?
- La paix est fragile. Le Chef de Guerre ferme les yeux.
Kealthei pencha pensivement la tête en avant, dissimulant un peu plus son visage aux yeux de son compagnon.
- Il est intelligent.
Arkmar s'étonna à moitié de cette remarque. Thrall était intelligent, c'était évident aux yeux de tous les orcs. Mais Arkmar avait toujours soutenu l'idée selon laquelle il fallait cesser les combats.
- A moi de t'expliquer, je crois, se moqua Kealthei.
- Et bien vas-y, maugréa l'orc, visiblement sceptique.
- Se pencher sur ce conflit serait une erreur de sa part. Arrêter les combats aussi. S'il tente d'arrêter les combats, les elfes finiront par chasser les Chanteguerres d'Orneval, qui ne penseront alors qu'à se venger, même contre l'avis du chef de guerre. La colère mettra quelques années à prendre le pas sur le respect du Chef de Guerre et l'obéissance. Au final, cette tumeur enflera puis finira par exploser, entrainant tout le clan, mais aussi d'autres orcs, loyaux à leur cause et désireux d'enfin pouvoir vraiment se battre contre les elfes. La réponse ne tarderait pas du côté de l'Alliance, et en l'espace de quelques mois, même les nains et les hommes se trouveraient concernés par le problème d'Orneval. La guerre totale entre ces deux factions rivales serait déclarée, entrainant tout Azeroth au bord de la destruction. Ton roi-liche aurait alors le champ libre pour repousser les vivants hors de Norfendre et concocter une nouvelle peste plus dévastatrice encore.
- Et dans le cas inverse ? Si Thrall lançait ses troupes à l'assaut des elfes ?
- Je crois que tu peux répondre toi même.
Évidemment. Sa question était stupide. Mais quand était-il de la "prédiction" du jeune homme en cas d'arrêt du conflit ?
- Et si nous concluons un véritable marché ? Si les elfes acceptent notre présence ?
- Tu sais très bien que ce ne sera pas le cas. La mort du dieu qu'ils vénéraient les a, je pense, profondément marqués.
- Je t'apprends à peine l'histoire en quelques heures et tu peux déjà diagnostiquer l'état du monde dans l'éventualité d'un retrait des orcs d'Orneval ?
- N'oublie pas que je suis déjà venu ici.
- Qu'est-ce qu'ici, pour toi ?
- Ce monde.
- Tu voyages, comme nous avons voyagé et comme les draeneïs sont arrivés ici ?
- En quelque sorte. Comment imagines tu l'univers ?
La question dérouta l'orc. Il avait songé à bien des choses sur le monde, ses origines, et la multitudes de mondes qui existaient, mais il n'avait jamais pensé quelle forme physique prenait l'univers tout entier...
- Et bien, se lança-t-il hasardeusement, un peu comme des bulles qui flotteraient au dessus du néant...
- Tu penses que lorsqu'on arrive au bout du bout, on finit par tomber dans le néant ?
Le ton un brin moqueur de Kealthei vexa l'orc. Oui, il s'imaginait le monde comme ça. Qu'avait à redire à ça un jeune blanc bec ? Que pouvait-il savoir de plus que lui ?
- Prend mes mains.
- Pourquoi ?
- Je veux t'offrir une vision neuve du monde.
Méfiant, Arkmar tendit lentement ses mains. Le mage-guerrier les attrapa brusquement, puis ils disparurent.
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- Tu vois, mec, la vie, c'est comme les noix, commença le troll.
- Y'a toujours quelqu'un pour les briser ? s'impatienta Joanessen.
- Hey, mec, t'énewve pas, sois cwoool.
- Cwool ? Bon cwool alors.
- Cool, si tu préféwes.
Dans quoi s'était donc embarqué l'alchimiste ? Aider les trolls était une mauvaise idée. Mieux aurait fallu ordonner aux ogres de tout raser, plutôt que de faire semblant. Et puis cet accent ! Il était certain que le troll faisait exprès. Il avait toujours pensé que cette particularité appartenait à leurs cousins du sud.
- Bleuuuaaaarg ? questionna une goule qui le suivait, comme le petit détachement d'une dizaine de morts vivants moins écervelés qu'ils n'en avaient l'air.
- Non, non, plus tard.
- Qu'est-ce qu'elle a dit, mec ?
- Rien qui ne te concerne, mentit-il.
La goule lui avait purement et simplement proposé d'exploser le crâne du gênant guide forestier. Et d'en manger le cerveau, pour pas gaspiller. Même s'il se disait qu'il aurait dû l'écouter, il s'abstint de tout commentaire.
- On arrive, mec !
Joanessen leva les yeux au ciel. Une phrase sur deux était agrémentée du mot "mec". L'alchimiste trouvait ça irrespectueux et inutile. Or, avec lui, tout ce qui était irrespectueux et inutile finissait très vite par disparaître, souvent d'une façon plutôt... brutale.
- Kraaaiiirg chrouiraaa !
"Mon roi-liche, dites moi que je rêve, qu'est-ce que c'est moche !", littéralement. Le mort vivant agita la main en direction de son serviteur, comme pour chasser des mouches. "Ta gueule", traduisit la goule. Joanessen n'avait pas besoin qu'elle lui dise sa façon de penser. Il voulait juste l'utiliser comme un pantin pour massacrer ce qu'il voulait, rien de plus.
-Yeeeeah ! Paw le vaudou ! Les ogwes vont pisser dans leuws fwocs quand ils vont savoiw qui on a avec nous !
- On dit "chier dans son froc", murmura Joanessen.
- Quoi ?
- Non rien...
Ils marchaient à présent sur ce qui semblait être une piste pour raptor. En effet, l'on pouvait voir les nombreuses déjections des reptiles et leurs empreintes de pas, énormes.
- C'est pas des raptows de tapette qu'on a, par ici, jugea bon d'indiquer le troll à ceux qui n'avaient pas encore tiré les bonnes conclusions des nombreux... indices.
- Il est inutile d'insulter par ces propos révoltant la communauté homosexuelle, elle a le droit d'exister, c'est parfaitement naturel et que je trouve ça très bien qu'elle existe !
Tout le monde regarda l'alchimiste avec des yeux ronds. Même le vieux squelette aux orbites vides du fond de la colonne réussit à faire comprendre qu'il restait bouche bée devant les paroles de son maitre. Le silence s'éternisa. S'il avait eu autre chose que du sang séché dans les veines, Joanessen aurait rougi.
- Ouai bon, continuons.
La troupe se remit à marcher en direction du village troll, droit devant eux et visible depuis déjà plusieurs heures. Au bout de quelques dizaines de mètres, le troll de put se retenir :
- T'as pas quelque chose à compenser, paw hasawd ?
Brusquement, sans que personne ne s'y attende, Joanessen se retourna et lança un trait de feu dans la colonne. Ce fut le vieux squelette qui la prit de plein fouet, et commença à brailler :
- KIlk klik klak krrrkk klik krrrik ! (les squelettes, c'est bien connu, n'arrivent qu'à grincer des os)
"J'ai le cul qui crame !"
- Bleuuuiiiiirg ! s'esclaffa la goule.
"Pas que le cul apparemment, vu comme ça sent le grillé, ce qui me rappelle une odeur d'il y a longtemps, quand mon père faisait des grillades, avec du porc et quelques légumes, ce qui était délicieux." (oui, oui, c'est littéralement, je vous assure, le langage goulien est plus expressif qu'il n'y parait)
- Krashkava ! Krashkava ! Krashkava !
"Crame ! Crame ! Crame !"
Joanessen, fatigué par ses serviteurs et le troll, préfère s'assoir dans un coin pour piquer un somme, en attendant que les mort-vivants finissent leur fête macabre. Environ une heure plus tard, après un petit somme, toute la troupe repartit vers le village miteux, qu'elle mit une heure de plus à atteindre. Tous les trolls étaient présent et regardaient l'alchimiste avec curiosité.
- Les ogwes, on va les mawaves gwaves, mec ! Ils vont tous pisser dans leur fwoc !
- On dit chier dans son froc, murmura Joanessen.
- Quoi ?
- Non rien.
Ils fit quelques signes à l'attention de ses guerriers. Ceux ci se mirent en position, formant un cordon de sécurité entre la populace et lui. Il gravit une arête qui dominait les trolls, observa pendant un instant les tentes moisies plantées là dans le plus grand désordre, et se tourna vers la goule.
- Bleuuuaaaarg.
- Kraaaayyyyyyyyyy !
"Kraaaayyyyyyyyyy !" (un cri de guerre reste un cri de guerre)
La créature du fléau frappa le troll le plus proche, le décapitant. Au même instant, Joanessen lança un trait de feu vers le ciel. Une grande clameur répondit au signal. Les ogres gravirent l'arête et foncèrent vers le reste du village.
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Joanessen riait. Qu'il était bon d'être diabolique ! La vue du sang le réjouissait. Le vent charriait une odeur de mort et de chair brulée. Les effluves du massacre l'emplissait de joie. Il songea à la suite. Un rire agita de nouveau son maigre corps. Bientôt, Arathi serait à lui... et il ne laisserait pas de survivants.
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