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"Bizarre, songeait Lord Civers, on aurait dit que des âmes erraient la dernière fois que je suis venu ici..."
Il se trouvait dans un cimetière, le Grand Cimetierre de Gondavir, le plus grand de tout le pays, là où des milliers de familles étaient enterrées...
S'arrachant à ses pensées, il se dirigea vers le centre: un monument de pierre, un cube de granit orné du sceau du Lion Céleste. Là, il appuya dessus et le monument se souleva, laissant place à une vaste pièce sombre.
Il entra, frappa deux fois dans ses mains, et des torches disposées aux quatres coins de la pièce s'ouvrirent. Il marcha vers le centre, où se tenait une statue tenant une gemme dans sa main tendue: l'Atome Arcanique de Lord Civers. Il le contempla un instant, puis demanda à la statue:
"Tu peux lâcher ça? Elle m'appartient."
Cette dernière s'exécuta, la donnant à Lord Civers qui la plaça dans une bourse de velour noir. Il sortit, remit le monument en place et repartit vers Gondavir. Il avait obtenu son second objectif. Il ne lui restait plus qu'à faire son rapport.
"Bon, je vais chercher une taverne, pensa-t-il à haute voix. J'ai soif."
Il sortit du Grand Cimetière et continua sa route. La Cité Céleste s'élevait majestueusement au dessus des vertes collines. Soudain, il s'exclama:
"Mais je suis un abruti! Je devais rendre visite à la mère Carmen... oh non... se lamenta-t-il."
Il s'avança vers l'Est jusqu'à entrevoir une vieille masure. Il frémit à sa vision: c'était le domaine de la vieille Carmen. Même les armées de Gondavir n'osaient pas l'approcher, et Cornedulf lui-même avait toutes les peines du monde à la voir. En effet, elle donnait à qui lui plaisait des conseils, très pertinents, quel que soit le problème, militaire, politique, ou même de couple.
L'ennui, c'était qu'elle était tellement rassise et méchante que ses conseils étaient souvent cruels: le dernier était par exemple de massacrer tous les canards du royaume pour ne pas qu'ils envahissent la Cité (car c'était ça le problème: une invasion de canards).
Le second ennui était qu'elle ne donnait ses conseils qu'à ceux ou celles qui lui plaisait, chose quasiment impossible.
En fait, un seul homme vivant arrivait à lui plaire, et encore en très faible proportion: Lords Civers.
Alors qu'il croyait que toute sa famille était morte, il découvrit à dix huit ans qu'elle était son arrière arrière arrière arrière grand mère. Elle était la mère de la mère de la mère de la mère de la mère de la mère de Civers. Autrement dit: elle était atrocement vieille, et l'âge, sur elle qui était une Elfe, se faisait ressentir physiquement et mentalement, chose jamais vue en ce bas monde.
Arrivé à la porte de la masure, il récita à haute (et intelligible) voix:
Citation :Une vieille recluse
Dans son coin, percluse,
Qui maudit les gens,
Qui hait les passants.
Elle attend
Patiemment
Que ses voisins s'en aillent,
Que ces tous ces chiens remballent
Leurs affaires, leurs fatras,
Eux qui ne sont que des rats.
Un jour, elle s'éteindra,
Et sa haine s'en ira
Loin, maudire les Démons
Qui pourtant rien ne lui font.
Dès qu'il eut fini, une voix sèche, rauque et usée par le temps s'éleva:
"Encore toi? Je croyais que t'avais claqué, ça m'aurait fait trop plaisir. Entre ou va-t-en, t'as le choix. Je vais pas le répéter.
-Ca va, vieille bique, rétorqua-t-il. J'entre."
Il accompagna ces paroles par le geste, et entra dans une pièce qui devait être la salle à manger. Le sol était de terre battue, un vieux poêle à bois trônait dans un coin, et une petite table ornait l'autre. Hormis ça et une armoire, la pièce comportait en son centre un fauteuil tourné vers la porte, pile en face d'elle.
Affalée dedans, elle était là, le toisant d'un oeuil sournois et sévère. Ses cheveux étaient gris poussière, telle celle qui la recouvrait, son menton était pointu, ainsi que son nez orné d'une énorme verrue. Ses couches de vieux vêtements, qu'elle n'enlevait jamais, la rendaient massive, elle qui ne faisait q'un mètre cinquante. Elle gardait sur elle manteau, gilet, et même un châpeau sur sa tête.
Elle ouvrit sa bouche édentée et dit:
"T'es venu faire quoi ici, crapaud?
-Te demander un conseil.
-T'es bien le même: avare, grippe sous, prêt à grapiller la moindre de mes paroles. Mais si je claque un jour, qui c'est que t'auras? Passe moi ma hache pis mon aiguisoir, faut que je l'aiguise.
-Le conseil d'abord.
-Lave toi les oreilles, voilà mon conseil. Passe les moi.
-Ecoutes donc mon problème! répliqua sèchement Lord Civers. Mon Roi est confronté à ce problème: céder à un chantage face à la meute des Loups Guerriers, soit les guerroyer.
-Ben y faut qu'y prenne tous les loups de la région en otage. J'ai entendu parler d'eux, et les connaissant, y resteront pas sans rien faire face à ça, y vont paniquer et vous demander vos conditions. Après, faut tuer les loups, pour que si y z'attaquent y z'aient moins de forces armées. Comme ça, vous pourrez les écraser. Passe moi ma hache et mon aiguisoir."
Civers resta sidéré: elle avait trouvé une solution si rapidement...
Il prit la hache, l'aiguisoir, et les donna à la vieille.
"T'as ce que tu veux, va-t-en, et reviens jamais."
Lord Civers partit sans dire au revoir. Il devait faire vite...
Au loin, la vieille voix résonnait:
"Crapaud, souillure, satyre, cloporte, cafard, parasite, vermine, rat, démon, ne reviens plus me hanter!! Venir parasiter une vieille dame..."
Mais cela lui importait peu. Il marchait en silence, absorbé par ses pensées.